« Stop au béton » est le surnom donné à la dernière version du schéma wallon de développement du territoire. Celui-ci promet de mettre un terme, d’ici 2050 au grignotage urbanistique des campagnes. Qu’en est-il vraiment ? Et quelles seront les conséquences pour les Wallons ?

 

Une réglementation en deux temps

Partout en Wallonie, on trouve des villas quatre façades avec un petit jardin qui en fait le tour, dans un lotissement ou le long d’une chaussée. Pendant des années, nous avons construit ces kilomètres d’urbanisation en ruban le long des routes de campagne.

Le plan « Stop au béton » entend promouvoir une urbanisation différente, économe en ressources foncières. La Wallonie ne peut en effet dédier l’ensemble de son territoire à la construction sans penser à son avenir.

Elle prévoit donc une « réduction de la consommation annuelle des terres non artificialisées », entendez toute surface retirée de son état naturel, forestier ou agricole.

Cette réduction de l’étalement urbain se déroulera en deux temps : limité à 6 km² par an 2025, et en totalité à l’horizon 2050.

Un déroulé identique à celui imaginé par la Flandre dès 2014, qui se montre encore plus ambitieuse dans ses objectifs. Au nord du pays, aucun espace supplémentaire ne pourra être construit à partir de 2040.

Étalement vs densité

La première limitation de 6 km² par an représente déjà une diminution de moitié par rapport au rythme actuel, estimé à 12,4 km² par an. Entre 1985 et 2017, la superficie résidentielle est passée de 723 km² à 1075 km², soit une expansion de 48,7 %.

Cet étalement urbain a évidemment de nombreux effets néfastes, tant économiques qu’environnementaux.

Plus on habite loin des centres et des infrastructures, plus le nombre de voitures et d’embouteillages augmente, et plus la qualité de l’air se détériore. A cela s’ajoutent la disparition de terres agricoles, la dévaluation paysagère et l’augmentation des risques d’inondation, due à l’imperméabilisation des sols.

Cela dit, l’étalement urbain est critiqué depuis bien avant que l’on se soucie de la consommation d’énergie et du changement climatique. Les urbanistes du XIXe, par exemple, évoquaient déjà l’idée des cités-jardins et ceux des années 30 dénonçaient la fragmentation des espaces verts. Avec ce plan, la densité deviendrait ainsi le nouvel enjeu des villes du XXIe siècle.

Le stop au béton confirme également une évolution naturelle, qui est déjà en cours. Depuis quelques années, la valeur des maisons mal situées s’évapore déjà en faveur de celles situées en ville. Il semble que de plus en plus de personnes en ont marre des embouteillages.

Quelles sont les conséquences pour vous, bâtisseur ?

Si vous voulez construire à partir de 2025, certaines choses risquent de changer. Fini le développement en ruban ou l’encombrement spatial, fini les lotissements en zone rurale et les villas quatre façades. Dès à présent, la tendance sera à la densification.

Les prochains gouvernements wallons doivent encore imaginer les façons d’atteindre cet horizon tout en répondant aux contraintes démographiques et économiques. Certaines projections estiment en effet que la Wallonie devrait construire 13 000 nouveaux logements d’ici 25 ans.

Certaines solutions sont déjà à l’œuvre, comme le projet de dix nouveaux quartiers aux abords de dix grandes villes telles que Tubize (2 500 logements), Louvain-La-Neuve (1 500 logements) ou Charleroi (400 logements).

D’autres alternatives sont à l’étude, comme, par exemple, la valorisation des terrains sous-occupés, la réutilisation des bâtiments construits ou l’assainissement d’anciennes friches industrielles.

Enfin, la démolition-reconstruction pourrait être une piste à envisager sérieusement. D’après de nombreux architectes, démolir totalement une ancienne habitation pour en construire une nouvelle ne coûterait pas beaucoup plus cher qu’une rénovation en profondeur.

Reconstruire la ville sur la ville

La ville est évidemment la solution numéro 1. Et c’est bien l’idée : inciter les gens à s’installer à nouveau dans les centres urbains ou dans les villages.

Mais ce processus de densification implique de repenser la ville en profondeur et d’interroger ses occupants sur leur façon d’y vivre, d’y habiter et de s’y déplacer. Il faut rendre la vie des citadins plus agréable, augmenter les zones vertes et développer l’offre de transports en commun.

Cette restructuration des villes offrirait également la possibilité de rénover des quartiers enclavés et insalubres ou des friches industrielles, de contrer la précarité énergétique, de favoriser l’accès aux logements sociaux et de reconstruire des bâtiments adaptés aux nouvelles normes thermiques et environnementales.

En conséquence, cet horizon 2050 et ce qu’il implique en termes de réhabilitations, sera peut-être le coup de pied nécessaire pour innover et repenser la ville de demain.